Armandine Penna
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Ioana et la jupe rouge
2020-2021





C'est un conte documentaire. L’histoire d’une fille rom de 11 ans qui danse dans un bidonville de l’agglomération nantaise puis s’ennuie dans un HLM, passe son tour à l’école, porte un bébé sur sa hanche comme si c’était le sien, enfile une longue jupe rouge pour se sentir femme.
C’est l’histoire de toutes ces adolescentes qui veulent grandir trop vite, tous ces migrants qui croyaient trouver en France une vie meilleure. C’est avant tout une façon de montrer, sans angélisme ni misérabilisme, le quotidien d’une enfant qui aime les siens et rêve en paillettes malgré la boue sur ses baskets.

J’ai rencontré Ioana dans l’école de mon quartier : elle habitait dans le bidonville le plus proche de chez moi et a été plusieurs années dans la même classe que mon fils aîné. A présent qu’ils sont collégiens, leurs trajectoires s’éloignent… Elle, buissonnière, tournant en rond dans une communauté où les femmes enfantent trop jeunes ; lui du côté de la société où l’école ouvre des portes.
La longue jupe que Ioana porte de plus en plus souvent est devenue un fil rouge. Habit initiatique marquant la sortie de l’enfance, d’après les traditions de sa communauté où aucune femme mariée ne se moule dans des jeans. Mais aussi habit symbolique d’un repli faute de trouver une place dans la société française.

Pas de mise en scène : Ioana virevolte dans sa jupe de velours rouge. Fragile princesse face à son sort, dans un royaume désenchanté. J’ai commencé à la photographier en 2019 dans le bidonville où elle vivait depuis 10 ans, puis dans le HLM où elle a déménagé avec sa famille juste avant le premier confinement. Le « terrain », où elle retournait avec sa famille pour retrouver le clan et prier à l’église, a été évacué suite à un incendie en avril 2021.

Film photo Ioana et la jupe rouge finaliste du Prix Diapero et du Prix Nouvelles écritures de Freelens - 2020







“Ioana portait de plus en plus souvent une longue jupe rouge come sa mère et sa belle-sœur, cet habit magique qui transforme les filles en femme.”







Nantes gagne le triste record de l’agglomération française concentrant le plus de bidonvilles : quelque 3000 habitants y vivent, la plupart sont venus de Roumanie et d’origine rom. Beaucoup travaillent chez les maraichers de la région. La politique de résorption des bidonvilles est lente à se mettre en place. Les relogements sont chaotiques, les expulsions encore trop courantes et les enfants
trop nombreux à être déscolarisés.




Exposition disponible pour accrochage
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Exposition à l’Espace 18  /  Quinzaine photographique nantaise, novembre 2022



Des nouvelles de Ioana  

Ioana a quitté le collège et suivi celui qu’elle croyait être son “prince charmant”. Aujourd’hui âgée de 17 ans, elle est maman d’un petit garçon. Elle vit près de Paris dans la famille de son “mari” (sans officialisation civile), pour laquelle elle effectue les tâches domestiques. Une belle-famille qui ne voit pas d’un bon œil le fait que je sois photographe et m’empêche d’accéder à elle. A l’été 2025, j’ai fait le voyage en Roumanie à l’invitation de la famille de Ioana pour me rendre à son mariage. Mais j’ai dû renoncer à y assister pour éviter le conflit diplomatique. Cette monographie est donc suspendue faute de réussir à accéder à son principal personnage, pour laquelle je m’inquiète évidemment. Espérons que ce conte finisse bien...

 

© Armandine Penna - 2026