Ioana et la jupe rouge
     

Ioana et la jupe rouge

Travail en cours…

J'ai connue Ioana grâce à mon fils aîné, elle était dans la même classe que lui à l’école primaire. Originaire de Roumanie, elle vivait alors dans un des nombreux bidonvilles de l’agglomération nantaise (44), celui le plus proche de chez moi. J’y allais régulièrement pour prendre de ses nouvelles quand sa maîtresse s’inquiétait de son absence. Et elle était souvent absente. Mal de gorge à cause des courants d’airs dans la caravane déglinguée, personne pour l’accompagner, juste pas envie d’y aller. Les autres élèves étaient durs avec les petits Roms. J’essayais de faire passer un message de tolérance à mes enfants, en espérant qu’ils le transmettent. Ioana semblait pourtant contente d’apprendre comme les autres, même si elle avait vraiment du mal avec la langue française. Elle adorait surtout les sorties et les séances à la piscine, elle restait longtemps sous la douche.
J’imaginais que l’école de la République lui donnerait une chance.

Et puis son père et son frère ont enfin trouvé du travail. Sa famille a été relogée en HLM dans une autre ville que la nôtre. Elle et les siens reviennent dès qu’ils le peuvent sur le bidonville : pour retrouver le clan, fréquenter l’église. Ioana s’est éloignée de l’école pendant le confinement du printemps 2020. A 12 ans, elle vit le collège comme un calvaire. Elle troque de plus en plus souvent ses jeans pour une longue jupe rouge. Habit initiatique, symbolique dans la communauté rom du passage vers l'état de femme mariable ou mariée. Stigmatisant aussi, marqueur d'un repli.

Je connaissais Ioana depuis plusieurs années quand j’ai commencé à la photographier. Je continue à suivre son histoire, dont la trajectoire adolescente s’éloigne de celle de mon fils... Elle, enfermée dans une communauté-ghetto, aux marges ; lui (et moi), du côté de la société où l’école ouvre des portes.

Nantes, 2020.